Catégorie : Saveur quotidienne

Méditations chemin faisant

Jonas

[Cet article fait partie de la série réflexions du lundi qui retrace en partie comment le culte, vécu la veille, a travaillé en moi. Ce n’est pas une retranscription ni de la prédication, ni des textes lus, mais plutôt le cheminement que certaines bribes ont tracé en moi. J’espère que ces courtes méditations vous donneront envie d’approfondir les textes qui sont lus le dimanche dans vos Églises.]


Nous lisons le Psaume 139, bien connu pour son passage qui nous rappelle que Dieu a fait de nous des créatures merveilleuses. Des créatures : voilà qui nous remet à notre place ; mais merveilleuses, à l’image de notre Dieu.

Mais ce psaume n’est pas essentiellement à propos de nous. Il commence et se termine par l’image d’un Dieu omniscient qui nous connaît sous toutes les coutures. Il sait quand je me lève, quand je me couche. Il connaît mes paroles et même mes pensées. Il me sonde.

« Où pourrais-je aller loin de ton Esprit ? Où pourrais-je fuir hors de ta présence ? »

Ps 139.7

La lecture du psaume continue et je pense à Jonas. Lui, qui devait connaître ce psaume par cœur. Lui, le prophète reconnu en Israël. Lui, qui reçoit des révélations de la part de ce Dieu qui sonde nos cœurs, qui connaît chacun de nous mouvement, qui est partout, tout le temps.

« Jonas se mit en route pour s’enfuir… loin de la présence de l’Éternel ».

Jonas 3.1


Je me demande à quoi il pensait. Avait-il oublié qui était Dieu ? N’avait-il jamais vraiment compris ?

Jonas descend. Il descend à Joppé (1.3). Il descend pour aller avec les marins à Tarsis (1.3). Il descend dans au fond du navire (1.5). Il sera jeté dans l’eau et dira lui-même « je suis descendu jusqu’aux racines des montagnes » (2.6). Et c’est là, dans l’abîme, aux portes de la mort, que Jonas reconnait que Dieu est là et que c’est de lui que vient le salut (2.9).

« Si je monte au ciel tu es là, et si je descends au séjour des morts, t’y voilà ».

Psaume 139.8

Jonas a dû descendre pour comprendre qu’il ne pouvait pas échapper au regard de Dieu. Il a dû plonger dans la mer de l’épouvante pour comprendre que Dieu prenait soin de lui. Il a dû frôler la mort pour se mettre en marche dans la direction voulue par Dieu. Et même, là encore, il accomplit sa mission avec la colère dans le cœur.

Jésus, qui se présente comme le plus grand que Jonas, a suivi un autre chemin. Il monte vers Jérusalem et marche en tête (Marc 10.32) alors que l’angoisse pénètre le cœur des disciples. Il ne fuit pas. Il va au-devant de ce qui l’attend avec détermination. Rien ne lui échappe, il a les choses bien en main. Et lui, le meilleur Jonas, sera, comme son prédécesseur, posté aux portes de la ville. Mais c’est la compassion qui étreint son cœur, alors qu’il est élevé sur une croix. Il n’y aura pas de ricin pour lui faire de l’ombre, mais des ténèbres épaisses en plein midi. Il n’y aura pas la voix de Dieu pour lui demander compte de ses émotions, mais seulement la sienne et le silence de Dieu. Il n’y aura pas une grande fête parce qu’une grande foule aura cru, mais les sarcasmes des témoins de sa mort.

« Sonde-moi, ô Dieu, est pénètre mon cœur, examine-moi et pénètres les pensées qui me bouleversent ! Regarde si je suis sur une mauvaise voie et conduis-moi sur la voie de l’éternité ».

Psaume 139.23-24

Jonas a fui. Jonas était en colère. Jonas a attendu la destruction de la ville.
Jésus a marché vers la croix. Jésus a eu compassion. Jésus a pleuré sur la ville qui ne voulait pas de son salut.

Dieu a compassion de ses créatures.
Quel prix pour me conduire sur la voie de l’éternité !
Et cette prière de David que je fais mienne : sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur, où se tapit ma colère, comme Jonas, ou ma peur, comme les disciples, ou…

Mais Dieu…

[Cet article fait partie de la série réflexions du lundi qui retrace en partie comment le culte, vécu la veille, a travaillé en moi. Ce n’est pas une retranscription ni de la prédication, ni des textes lus, mais plutôt le cheminement que certaines bribes ont tracé en moi. J’espère que ces courtes méditations vous donneront envie d’approfondir les textes qui sont lus le dimanche dans vos Églises.]


Ce dimanche de Pâques, la résurrection de Jésus a été dépeinte à nouveau devant nos yeux. Les textes lus, les chants entonnés ou les scènes dessinées par les enfants nous ont encore émerveillés : oui, notre Dieu est tout puissant pour nous sauver ! Il nous a fait passer du royaume des ténèbres à son admirable lumière. Cette opposition entre l’ombre et la clarté parle de nous : d’où nous venons et où nous sommes à présent. Elle indique le fossé qu’il y entre ces deux positions : le noir et le blanc sont toujours autant éloignés l’un de l’autre ; impossible d’être dans la lumière et dans les ténèbres simultanément.

Et pourtant, quelque chose (ou plutôt quelqu’un) m’a permis de traverser des ténèbres à la lumière. Plusieurs textes de la Bible se font l’écho de cette opposition, marquée par un petit mot de liaison. Un mot en forme de croix. Un mot qui relie, mais qui marque la rupture.

MAIS

Nous étions destinés à la mort, MAIS Dieu, par la mort de Jésus, nous donne accès à la vie éternelle.

En effet, le salaire du péché, c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur.

Romains 6.23 — s21

En effet, Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle.

Jean 3.16 — S21

Nous aurions dû subir la colère de Dieu, MAIS Dieu la fait retomber sur Jésus.

[…] notre conduite était dictée par les désirs de notre nature propre, puisque nous accomplissions les volontés de la nature humaine et de nos pensées, et nous étions, par notre condition même, destinés à la colère, tout comme les autres. mais Dieu est riche en compassion. A cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts en raison de nos fautes, il nous a rendus à la vie avec Christ — c’est par grâce que vous êtes sauvés

Ephésiens 2.3-5 — S21

Nous ne pouvions nous sauver nous-mêmes, MAIS Dieu l’a fait pour nous par Jésus.

Jésus les regarda et leur dit : « Aux hommes cela est impossible, mais à Dieu tout est possible. »

Matthieu 19.26 — S21

Nous aurions dû être jugés, mais Dieu, en Jésus, nous déclare justes ; nous faisant passer de la vie à la mort.

En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et qui croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.

Jean 5.24 — s21

Nous étions esclaves, MAIS Dieu nous a délivrés et a fait de nous ses fils, ses héritiers.

Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils ; et si tu es fils, tu es aussi héritier de Dieu par Christ.

Galates 4.7 — s21

Nous étions égarés et perdus, MAIS Dieu nous a rassemblés et nous a donné un bon berger.

Vous étiez en effet comme des brebis égarées, mais maintenant vous êtes retournés vers le berger et le protecteur de votre âme.

1 Pierre 2.25 — s21

MAIS DIEU…

Ce « mais » relie notre condition initiale — mortelle, esclave, condamnée, égarée, ténébreuse… — à ce que Dieu a fait à notre égard.
Ce « mais » manifeste que Dieu est à l’initiative de notre salut. Une initiative qui passe par le don et le sacrifice de Jésus.

Un « mais » en forme de croix qui rappelle que ce salut n’est pas une grâce à bon marché, mais qu’elle a un coût immense, pour l’auteur de notre salut.

Les passants du chemin de croix

[Cet article fait partie de la série réflexions du lundi qui retrace en partie comment le culte, vécu la veille, a travaillé en moi. Ce n’est pas une retranscription ni de la prédication, ni des textes lus, mais plutôt le cheminement que certaines bribes ont tracé en moi. J’espère que ces courtes méditations vous donneront envie d’approfondir les textes qui sont lus le dimanche dans vos Églises.]


Dimanche dernier nous avons lu dans l’évangile de Luc tout le passage depuis l’arrestation de Jésus jusqu’à sa crucifixion (Luc 22.47-23.56). Ce temps de lecture et de méditations autour de ces textes essentiels a été très simple et pourtant très profond.

Des portraits vivants

Il y a les acteurs du complot : Judas et son baiser, les chefs des prêtres, les gardes du temple, Hérode et Pilate devenus amis, les soldats romains qui insultent et frappent Jésus, une foule qui crie.
Il y a les victimes : les disciples qui fuient, Pierre qui renie son maître.
Il y a ceux qui sortent leur épingle du jeu contre toute attente : Barrabas qui obtient une libération inespérée.

Il y a Jésus : il n’est pas pris au dépourvu ou par surprise. Il ne subit pas ; il guérit un soldat blessé, donne une parole aux femmes de Jérusalem ou garde le silence devant Hérode. Il choisit de mourir. Il donne sa vie. Il semble être au contrôle des évènements sachant quoi dire et quand le dire.

Un nouveau peuple

Et puis, il y a ceux qui se trouvent sur le chemin de croix, par hasard, par obligation ou par choix et qui reconnaissent en Jésus le Messie, le Fils de Dieu, le Roi. Cet étonnant groupe de personnes réunies autour de la personne de Christ est très hétéroclite.
Il y a un riche notable africain, un voleur agonisant, quelques femmes juives, un centurion romain, un pharisien très en vue qui risque sa renommée pour ensevelir Jésus.

À la croix, Jésus se constitue un nouveau peuple. Un peuple qui n’est uni qu’en la personne de Jésus. Un peuple issu de toutes les nations et de toutes les couches sociales. Aucune barrière ne tient plus, ils sont ensemble parce qu’ils croient.

Attendre

De tous, c’est l’exemple de Joseph d’Arimathée qui me touche le plus. Luc le décrit comme un de ceux qui « attendaient le royaume de Dieu ». L’évangéliste a déjà utilisé cette idée de l’attente pour décrire Siméon ou encore Anne, la prophétesse, lors de la présentation au temple de Jésus bébé (Luc 2.25,38).

Joseph attendait… et en attendant, il a vécu et vieilli. Il a siégé parmi les conseillers du peuple, il a participé à diriger le peuple. Il attendait. Mais quand le moment s’est présenté : il a agi. Il a su montrer son désaccord avec les dirigeants qui souhaiter voir condamner Jésus. Puis, il a décidé de prendre soin du corps de Jésus. Pour faire cela, il a risqué sa réputation, voire sa vie. Lui, il n’a pas peur de se rendre impur en touchant le corps-mort de Jésus. Il ne pourra pas célébrer la Pâque juive avec les siens : il est rituellement impur. Joseph a su voir que les rituels pointaient vers quelque chose de plus grand : seul Jésus pouvait rendre pur.

Joseph a su renoncer à ce qu’il avait : renommée, argent, statut… car il a vu en Jésus son trésor. Et cela, il l’a vu cela dans le corps d’un homme mort, crucifié parmi des brigands.

Joseph attendait la venue d’un royaume et il a su en voir l’inauguration dans la mort du Roi, un roi couronné d’épines, moqué et élevé sur une croix. Quelle foi extraordinaire !

Le visage d’Isaac

[Cet article fait partie de la série réflexions du lundi qui retrace en partie comment le culte, vécu la veille, a travaillé en moi. Ce n’est pas une retranscription ni de la prédication, ni des textes lus, mais plutôt le cheminement que certaines bribes ont tracé en moi. J’espère que ces courtes méditations vous donneront envie d’approfondir les textes qui sont lus le dimanche dans vos Églises.]


En ce moment, notre Église parcourt, aux moyens de prédications textuelles suivies, le livre de la Genèse. Nous sommes actuellement au chapitre 22 où nous lisons ceci :

Après cela, Dieu mit Abraham à l’épreuve. Il lui dit: «Abraham!» Celui-ci répondit: «Me voici!» Dieu dit: «Prends ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac. Va-t’en au pays de Morija et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai.»

La Bible, Genèse 22.1-2

L’épreuve d’Abraham, bien que non reproductible dans sa forme et dans l’histoire de la rédemption, reflète ce que Dieu demande en essence à ceux qui croient en lui. « M’aimes-tu pour qui je suis ou pour ce que je te donne ? »

Dieu est-il plus précieux pour moi que ce que je reçois de sa main ?
Est-ce que je connais Dieu pour qui il est ou bien est-ce que ses dons sont plus tangibles que sa personne ?
Pour Abraham, cette question ressemble un peu à celle-ci : l’enfant de la promesse divine, ce don de Dieu, ne se tient-il pas entre toi et ton Dieu ?

*

Je suis repartie du culte avec cette question : qu’est-ce qui se tient entre Dieu et moi, qu’est-ce qui fait obstacle à ma relation à Dieu ? En un mot — un gros mot — quelles sont mes idoles ?

L’histoire d’Abraham me fait tout de suite penser à mes enfants — peut-être aussi parce que je suis maman… Eux aussi sont des dons de Dieu, confiés à nos soins…

Et puis, il y a les dons matériels : quelle bénédiction que de vivre dans un pays riche, d’avoir un logement, du chauffage, d’avoir à manger…
Et les dons immatériels : être en bonne santé, avoir des amis, pour voir aller à l’Église…

Je pense à ces belles et bonnes choses que Dieu me donne en me demandant comment je réagirais si je devais les perdre.

Et j’imagine cette scène devant moi, comme matérialisée : moi, mon Isaac et Dieu. Qu’est-ce qui m’empêche de regarder à Dieu, de voir Dieu pour qui il est ?

Isaac se retourne et je vois son visage.

*

Isaac se retourne.

Arrêt sur image. Arrêt sur visage.

Isaac se retourne et je vois qu’il me ressemble. Il porte mon visage.
À nouveau, je prends conscience que je suis mon plus grand obstacle entre Dieu et moi : mon envie d’être moi, mon désir d’autonomie, mon orgueil, cette envie d’accomplir quelque chose d’important, d’être quelqu’un.

Alors, je veux revenir à Dieu et me souvenir, que Dieu n’a pas arrêté sa main au dernier moment, mais qu’il, mais a été jusqu’à offrir son propre fils unique. Il l’a fait pour que je puisse saisir que ma valeur n’est pas dans ce que j’accomplis, mais dans ce qu’il a accompli pour moi. Je veux me rappeler que je ne peux être pleinement moi-même que dans ma dépendance à Jésus.

Et cette prière : Père, viens me sauver de moi-même !

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